Interviews, Music

Roadbound

S’il y a une prestation qui n’a laissé personne indifférent lors de la dernière édition du Kraken, c’est celle de Roadbound, un groupe semblant sortir de nulle part pour nous rappeler ce qu’est le rock. Mais au-delà des riffs et de l’attitude authentiques, Roadbound c’est avant tout l’histoire d’une rencontre qui nous est racontée ici par Nico (guitare) et Nicho (chant).

Apparemment, Roadbound est un projet que vous avez fondé tous les deux, comment cela s’est passé ? Nico : J’étais bassiste dans un groupe qui s’appelle Evil Invaders et quand on tournait, j’avais une guitare acoustique avec moi. En fait, je me sentais assez seul, surtout au début parce qu’ils parlaient flamand et donc j’étais un peu dans mon coin. Du coup, avec ma guitare, je jammais des accords et à un moment, ça m’a donné envie d’écrire des chansons un peu plus calmes qui parlaient de mon état d’esprit à ce moment-là. J’avais déjà sorti deux albums de « hard » et ici c’étaient plutôt des ballades rock. Une fois, j’avais entendu Nicholas chanter dans un studio, à une soirée, en fait. C’était dans une grande maison où tout le monde faisait la fête et moi, j’étais un peu perdu, un peu bourré et j’ai vu qu’il y avait une cabane au fond du jardin. Alors, j’y suis allé et j’ai vu ce mec, c’est là que je l’ai repéré. Après, je me suis un peu renseigné sur lui, j’ai appris qu’il était bassiste dans Komah et qu’il jouait dans plein d’autres groupes. Je l’ai gardé dans un coin de ma tête en me disant qu’il avait quand même une putain de voix. J’ai fini par lui demander s’il ne voulait pas me rendre un service en mettant sa voix sur mes ballades, ce qu’il a accepté. Bon, j’ai dû insister pour le trainer chez moi, mais comme il a fini par venir, je me suis dit qu’il aimait quand même bien ce que j’avais fait. Il avait aussi envie d’apporter sa touche. Puis, il m’a demandé si je n’avais pas envie de faire d’autres morceaux plus couillus. Au final, on est arrivés avec huit morceaux, j’avais quasiment toute l’instru et pas mal de textes déjà… Ensuite, il m’a proposé des compos à lui dans le même style et on s’est dit qu’on allait mettre ça en commun pour en faire quelque chose. Les restes de ça, ce sont des morceaux qu’on va retrouver sur notre album qui s’appelle « Stay ». Il y a déjà un clip de ce titre sur YouTube, ainsi que pour « Face It », qui est un très vieux morceau. Donc voilà, comment ça a commencé. On s’est dit qu’on allait commencer à faire de la musique sans avoir de groupe, vu qu’on avait tous les deux des projets en cours et tant qu’on n’avait pas de chanson à faire écouter, ça ne servait à rien qu’on forme déjà un groupe. Nicholas : En gros, en deux ans on a fait l’équivalent de deux albums rien qu’à deux. On a testé, expérimenté, on a tourné les choses dans toutes les directions possibles pour tomber d’accord sur une sorte de style. Quand on a été assez sûrs de nous, on a trouvé des musiciens et voilà où on en est maintenant, au Kraken, qui doit être notre quatrième ou cinquième concert.

Avant d’aller plus loin, finalement, elles sont où tes ballades rock ? Nico : Sur mon ordi… (rires) Elles vont sortir, mais le truc c’est que je n’ai plus envie de ne sortir qu’un album de ballades, donc elles vont se retrouver sur d’autres albums plus tard… Ça ne bottait pas forcément Nicho et moi, j’ai aussi envie de sortir quelque chose plus heavy/rock et je trouve que ce genre d’album se complète bien avec des ballades ou, en tout cas, des chansons plus calmes. J’ai l’impression qu’un album rien que de ballades, ça sonne comme le best-of d’un vieux groupe des années 80. C’est bof, quoi… Mais elles sont là et c’est vrai qu’elles représentent l’équivalent de deux ou trois albums, mais ce dont on a surtout envie maintenant, c’est de poursuivre nos ambitions musicales. Et maintenant qu’il y a les autres membres : Ulrich, Roman et Cyril, eux aussi apportent leur touche et j’ai aussi envie qu’ils s’expriment pour qu’on puisse vraiment trouver un terrain commun. Donc voilà, les ballades sont toujours là et elles apparaîtront sur nos albums petit à petit.

Les autres musiciens, vous les avez recrutés comment ? Nico : Alors, ça a commencé par Cyril et Roman. Je crois que j’avais dû répondre à une annonce sur internet d’un groupe qui cherchait un bassiste. J’ai répondu et je me suis ramené chez eux, ils faisaient juste de l’acoustique et ils m’ont montré leurs morceaux. C’était un groupe qui s’appelait Raw Meat et qui avait été fondé par Roman et Cyril, mais ça n’a jamais abouti car il leur manquait un bassiste et un chanteur. Quand j’ai vu Cyril, je lui ai dit que j’avais aussi des chansons et que j’aimerais aller en studio pour les enregistrer, mais que je n’avais pas de batteur, donc je lui ai proposé de m’accompagner. Cyril a juste fait de la session pour nous dépanner en mettant de la batterie sur quelques morceaux pour faire une démo. Cette démo n’est jamais sortie. On est restés en contact tous les trois. En fait, Roman c’est quelqu’un que j’ai vraiment apprécié dès le début parce qu’il s’investit à fond dans ses projets, surtout si ce sont des projets musicaux et je me dis que c’est le genre de gars que je voulais. Sauf qu’il n’était pas bassiste et nous, il nous manquait un bassiste. Du coup, je lui ai demandé s’il ne voulait pas jouer de la basse dans le groupe, parce que j’avais besoin d’un gars « assez con » pour croire qu’il pouvait encore réussir dans la musique.

Autrement, il y a une histoire derrière votre album qui a un peu de mal à sortir… Nicholas : En fait, on n’a pas fait de crowdfunding, on a juste sorti une vidéo du morceau « Stay » qui a obtenu un grand nombre de vues sans publicité, 70 000, un truc comme ça. Du coup, quelqu’un s’est intéressé à nous et on a pu enregistrer un album complet. L’album devrait déjà être sorti, mais on est un groupe de rock et évidemment il faut des moyens financiers pour tout ça… Maintenant, tout est réglé et on est partis pour aller de l’avant et l’album va bientôt sortir. Nico : En fait, ce qui s’est passé, c’est qu’on a réussi à trouver un investisseur, quelqu’un qui croit en notre projet et qui a mis les fonds nécessaires pour pouvoir payer le studio, le mastering et le pressage des CD’s. Donc ça, c’est une nouvelle qu’on a eue la semaine passée. Pour l’instant, on est en discussion avec un label pour la distribution, on va voir ce qui va se passer, mais peut-être qu’on va le sortir tout seuls.

Comment l’organisation du Kraken vous a-t-elle repérés ? Personnellement, je n’avais encore jamais entendu parler de vous… Nicholas : C’est vrai que c’est un projet assez récent, mais je connaissais l’organisatrice, Sylvie, parce qu’elle m’avait déjà fait jouer avec mon premier projet au chant, The 1984 et aussi avec 15 Reasons, donc nous avions déjà été en contact. Et c’est bien que cette personne ait été là pour nous donner une chance de nous faire voir… En espérant que ça continue !

En tout cas, les feedbacks du jour me semblent positifs ! Mais selon vous, qu’est-ce qui fait votre originalité en comparaison avec les autres groupes de rock ? Nicholas : On va dire que pour les groupes, en tout cas en Belgique, les gens ne veulent pas prendre de risques, alors que tout ce qui se passe sur la scène rock et metal est déjà entendu et réentendu sans que personne n’ose quoi que ce soit, ni même d’être authentique et au final la musique… Qu’est-ce, la musique, hein ? Nico : Oui, il faut être authentique si tu veux faire passer un message et être honnête, sinon personne va croire ton message. Et donc, tous les cinq on essaie juste d’être nous-mêmes avec toutes nos influences rock et notre culture et on allie tout ça… Nicholas : Il y a une petite touche de hip-hop aussi, justement grâce à un de mes autres groupes… Et on n’aura pas peur d’expérimenter d’autres choses par la suite, au moins.

Et quelles sont vos influences, alors ? Nicholas : Elles sont très très opposées entre tous les membres du groupe, mais on arrive à bien se rejoindre quand même et à composer des trucs qui nous plaisent à tous. Nico : En fait, Nicho et moi si tu nous mets dans une pièce et que tu fais passer des chansons, y’a pas un seul morceau qu’on aimera en même temps… Peut-être un morceau de Metallica, un morceau de Nickelback et de Black Stone Cherry, ça, on a ça en commun. Mais je pense qu’ici si les gens aiment, même si tu entends du hip-hop, du metal et du rock en même temps, c’est parce qu’il y a une base rock’n’roll qui est là, qui est authentique, c’est la même base que AC/DC. Je ne pense pas forcément musicalement, mais au niveau de l’attitude, celle d’un esprit rock pur et dur. Tu nous vois sur scène, voilà, on est là, on transpire, on se donne à fond, c’est du rock à l’état brut. Et vu que ça c’est la base, après Nicho peut se permettre d’expérimenter dessus et d’ajouter du groove dedans. Parce qu’au final même si le mélange rock et rap s’est déjà fait, ça sonne quand même bizarre pour certaines personnes. Après, le hip-hop de Nicho, il est old school, celui de maintenant, c’est… Nicholas : En fait, j’essaie pas de mettre du chant rock ou rap sur les morceaux, c’est juste que quand j’écoute un riff je me demande ce qu’on a déjà entendu sur ce genre de riff. Donc, les premières lignes de chant qui vont venir vont d’office être quelque chose qu’on a déjà entendu, il n’y a aucune recherche, mais après je vais justement m’éloigner le plus possible de ça et faire les trucs les plus opposés possibles à ces riffs qu’on me propose pour qu’il y ait moins de chance qu’on l’ait déjà entendu et on entend peut-être quelque chose de nouveau pour une fois.

Après, le hip-hop dans votre musique reste assez subtil… Nicholas : C’est la façon de le placer. Nico : Tu le places de manière originale, mais ton style de hip-hop reste old school et je pense que c’est ça qui fait que ça se marie bien. C’est authentique et recherché, aussi.

Et toi, ça te manque pas le thrash ? Nico : Non, je n’ai aucun regret. J’avoue même que parfois j’allais leur dire bonjour quand ils étaient en studio et quand ils travaillaient sur leur riffs, je me disais heureusement que je ne dois pas bosser là-dessus ! Et puis parfois avec des potes on se réunit pour jammer un peu de thrash juste comme ça. Mais par rapport à Evil Invaders, je n’ai absolument aucun regret d’être parti. De toute façon, on ne s’est pas quittés en mauvais termes et j’avais vraiment vraiment envie de faire Roadbound !

D’ailleurs, d’où il vous vient ce nom ? Nico : Alors, ça c’est moi qui l’ai trouvé. Je pense que j’étais dans une gare et je voyais les signes des différentes directions, « north bound », « south bound » etc. Et je me suis dit : « Et si dans la vie y’avait pas de direction et que tu étais juste constamment sur la route ? Et si tu es lié à la route et que c’est ça ta direction ? » Et c’est de là que m’est venue l’idée de « Roadbound ». Parce que je me suis dit que ça nous représentait, parce qu’on veut être lié à la route, on veut tourner un maximum, donc être tout le temps sur la route. Et aussi, je me dis que c’est un peu ça la vie, tu es lié à elle par ton chemin, peu importe ce que tu fais, le temps passe et tu ne peux rien y faire, tu dois avancer.

Est-ce que ça fait partie du thème de vos paroles ? Nico : Ouais. Enfin, quelques morceaux. Après, il y a parfois un morceau comme « Outlaws On The Run » qui dessine une image un peu fantaisiste à la Bonnie & Clyde de deux amoureux renégats qui sont tout le temps en cavale. J’aimais beaucoup cette image, en référence aussi à John Carter et Johnny Cash, la musique et le fait d’être en cavale. Quand t’es sur la route en tournée, finalement tu fuis ta vie, t’es coupé de tout et de tout le monde. Donc voilà, cette chanson parle de ça. Sinon, il y a « Jump In The Fire » qui te dit de rouler à 2 000 à l’heure et de foncer dans tes ambitions, dans tes rêves. Nicholas : Mais on ne parle clairement pas que de ça. Nico : Non, c’est vrai. Mais moi, par exemple, ce que j’aimais bien avec « Stay », c’est que ça veut dire « reste » et donc toute la thématique est autour du fait de convaincre quelqu’un de rester, mais pourquoi ? Parce qu’il est parti ! Donc, Il a pris aussi la route… Après voilà, j’aimerais bien qu’on parle de tout. Il y a aussi « Money Honey » qui parle d’une gonzesse qui claque sa thune tout le temps et qui après se rend compte que tout le monde se retourne contre elle. Tout ça, ce sont des histoires vraies, en fait, mais l’idée de base qui sera toujours en lien avec Roadbound, c’est que c’est de la musique que tu peux écouter quand tu fais de la route.

Je vais vous laisser le mot de la fin… Nico : Rock’n’roll, baby !

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