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Portrait d’auteur : Fabrice Causapé est-il « Fondamentalement Détestable » ?

Nous ne sommes rien de plus que de vulgaires bêtes domestiquées ne pouvant se passer d’un maître qui nous dicte notre comportement…

Imaginez qu’au cours de votre vie bien tranquille, peut-être même trop tranquille, vous vous ramassiez un énorme coup sur la tête et qu’en vous réveillant d’un coma de quelques jours vous vous mettiez à voir clair, peut-être même trop clair… C’est, dans les grandes lignes, ce qui est arrivé à Vincent, un monsieur tout le monde au train de vie un peu morne qui, du jour au lendemain est devenu « Fondamentalement Détestable ».

« Fondamentalement Détestable » est le premier roman publié de Fabrice Causapé, auteur indépendant à la plume acérée, qui jongle habilement avec un vocabulaire alambiqué et un zeste de vulgarité. Après la lecture de ce livre palpitant, qui m’a fait tour à tour froncer et hausser les sourcils plus que d’ordinaire, je me suis demandé si ce mystérieux écrivain a une imagination particulière ou s’il est en réalité un serial killer en sommeil… Le meilleur moyen de le savoir, c’est de lui demander, non ?

Fabrice, tu te décris comme un « humaniste déçu », mais qu’entends-tu exactement par là ? Outre cela, que peut-on savoir sur toi ?

En effet, un humaniste déçu ! Je pense avoir une base naïve et bonne et la réalité m’a rapidement déniaisé. Après, il a fallu m’endurcir pour survivre dans cette jungle qu’est l’existence. Je suis donc Fabrice Causapé, marié, sans enfant, je suis dans l’année de mes trente-sept ans, je vis dans le sud-ouest de la France dont je suis originaire et j’exerce le métier de conseiller funéraire.

Peux-tu nous expliquer ton lien avec l’écriture ? Qu’est-ce qui t’y a amené ?

C’est en lisant que m’est venue l’envie d’écrire. J’ai dévoré King durant l’adolescence et ce fut mes premiers essais d’auteur. Puis, j’ai découvert « 99 Francs » de Beigbeder qui a rendu, à mon sens, l’écriture accessible à tous.

Qui sont les auteurs qui t’inspirent ? Ou peut-être y-a-t-il des romans qui t’ont plus marqué que d’autres, sans pour autant être fan d’un auteur en particulier ?

Les romans suivants sont dans mon panthéon et m’ont mis une énorme claque : « La philosophie dans le Boudoir » de Sade m’a beaucoup inspiré pour son avant-gardisme nihiliste et sa bouffée de liberté totale. « Le Procès » de Kafka pour l’explicitation de la prétentieuse et inutile complexité administrative et donc humaine et la culpabilité originelle. « Voyage au bout de la nuit » de Céline pour sa verve et son désenchantement. « L’étranger » de Camus pour ce sentiment de l’être à tout, « De L’inconvénient d’être né » de Cioran pour ses sentences lapidaires, « Extension du domaine de la Lutte » de Houellebecq pour son analyse clinique de la société et son effet Lexomil. « American Psycho » d’Ellis pour sa jouissive folie, « Les Bienveillantes » de Littell pour la psychologie abyssale du héros, « L’infinie Comédie » de Wallace pour la liberté absolue du récit et la sensation de lire sous acide et enfin « 2666 » de Bolaño pour sa monumentale fresque apocalyptique.

Si ce n’est pas trop indiscret, qui ou qu’est-ce qui t’a inspiré l’histoire de Vincent ?

Il n’y a aucune indiscrétion entre nous ! J’ai toujours été fasciné par les tueurs en série, je veux comprendre comment ils fonctionnent. Un jour, après une grosse contrariété, j’ai ressenti une pulsion meurtrière, très intense et je me suis surpris à considérer la personne à l’origine de celle-ci comme une proie et non plus comme un être humain. Ça m’a tellement déstabilisé que j’ai songé qu’il serait plus socialement valorisé de la sublimer dans un récit plutôt que de passer à l’acte.

D’ailleurs, Fabrice Causapé, Vincent Cazaux… J’ai l’impression qu’il y a une certaine consonance entre ces noms. C’est une coïncidence ?

Très juste ! Mes héros possèdent souvent un nom qui commence par un « C » et originaire de ma région. Après, je peux considérer Vincent comme un alter ego dans une certaine mesure. Ma part sombre sans bride.

J’ai lu que l’écriture de ce roman avait été intense, et je l’imagine bien, mais aurais-tu une anecdote à nous raconter liée à la rédaction de cette histoire ?

Oui, j’ai voulu expérimenter des choses pour la rédaction, outre le meurtre et le harcèlement. Notamment, des balades nocturnes en ville ou en forêt. En milieu urbain, j’ai constaté que les passants étaient terrifiés. En forêt, le peu de visibilité et le bruit des animaux sauvages m’ont vraiment impressionné. C’est d’ailleurs ainsi que m’est venue la fin de la deuxième partie. Sans spoiler, on ne pèse pas grand-chose face aux bêtes.

Vincent s’exprime dans un langage plutôt recherché. Est-ce ton style d’écriture en général ou tu t’es adapté au personnage ?

Non, je dirais que le style est propre à Vincent. Je ne suis jamais parvenu à retrouver ce niveau de langage dans mes œuvres suivantes. Après, je suis un amoureux du vocabulaire, j’adore découvrir des mots au fil de mes lectures.

Peux-tu commenter la couverture du livre ? J’imagine que c’est un portrait de Vincent, mais est-ce que tu l’as imaginé ou tu as laissé carte blanche à l’artiste ?

Oui, il s’agit d’un portrait de Vincent ! J’en ai discuté avec l’artiste Melvin Acryl’Ink, je voulais que le portrait soit inquiétant, voire déformé, dans le style des autoportraits de Francis Bacon. J’ai fourni une photo de moi où j’étais peu souriant et j’avoue que le résultat m’a bluffé ! Bravo à l’artiste ! C’est au-delà de mes espérances.

N’as-tu pas eu d’appréhension quant à la publication de « Fondamentalement Détestable » étant donné les propos extrêmes que peut tenir ton personnage ?

Oui, j’ai pensé plusieurs fois qu’il y avait des sujets polémiques et d’autant plus pour notre époque d’extrême pudibonderie. Toutefois, je glorifie l’intelligence de mes lecteurs qui dissocient les propos de Vincent des miens ! Après, il y a une soupape dans ses propos, il est toujours sur le fil. Une sorte de rhétorique du « En même temps » Macronniste.

La diversité des cultes prouve leur fausseté de par leur multitude. Je n’en défends pas une, elles sont pour moi fallacieuses, responsables des principales divergences et des principaux conflits. C’est aberrant, impensable, inconcevable, que des personnes disparaissent, que l’on se massacre au nom d’identité chimériques. C’est de l’enfantillage !

Et en parlant de ces propos extrêmes, je dois avouer qu’à certains moments, je me suis surprise à me dire que sur certains points, il n’avait pas tout à fait tort ce cher Vincent. Ses propos invitent parfois à la remise en question et je trouve ça très intéressant. C’est ta volonté de mettre un peu le bazar dans la tête de tes lecteurs ?

Ah tu me fais plaisir, c’est mon ambition ! Tendre un miroir au lecteur, l’inviter à s’interroger, à se dépasser et non à rester spectateur passif comme l’est Vincent au début de ce récit.

Je suis certain que vous nourrissez très peu de personnes réellement dans le besoin, mais majoritairement des pondeuses trop paresseuses pour travailler, qui se font enfler pour toucher le maximum d’allocations. Tout en négligeant leur marmaille qui à son tour fera de même et ainsi le parasitisme étendra toujours plus la pauvreté et altérera notre population déjà peu brillante de débiles consanguins.

D’un point de vue médical/psychologique, quelle est la pathologie de Vincent ? Est-ce quelque chose qui peut arriver ou c’est totalement fictionnel ?

Vincent a pris un coup sur la tête. Certains tueurs en série ont subi des traumatismes crâniens. Il me vient à l’idée l’exemple de Richard Ramirez et plus récemment le documentaire sur Aaron Hernandez sur Netflix qui aborde l’ETC (Encéphalopathie Traumatique Chronique). Des dommages sur le lobe frontal provoquent des difficultés à contrôler ses pulsions, à prendre des décisions, des inhibitions, de l’agressivité et une certaine volatilité des émotions. Également, il est question d’une maladie mentale, l’héboïdophrénie, une forme rare de schizophrénie. Ce détail est pour souligner l’arbitraire avis psychiatrique qui peut varier selon l’interprétation des professionnels ou comment mettre au ban de la société une personne qui n’entre dans aucune case et dont on ne sait quoi faire.

Au fait, que penserait Vincent d’une telle interview ?

Je pense que Vincent en ferait fi !

Autrement, tu es auteur indépendant. Qu’est-ce que cela change par rapport à un auteur édité ? Est-ce plus ou moins facile ? Envisages-tu de rejoindre une maison d’édition prochainement ?

Cela change tout ! Je n’ai pas à me prostituer à un éditeur afin qu’il ait l’obligeance de s’intéresser à moi ! C’est un travail de longue haleine, il faut tout faire soi-même, de la création de son livre à la communication. J’ai l’impression d’être un artisan, c’est vraiment gratifiant de créer un produit fini et de le vendre « soi-même ». De plus, le fruit de mon labeur est récompensé par un bénéfice nettement supérieur aux maigres pourcentages reversés par les maisons d’édition.

Sur ton site internet, tu parles d’autres romans, peut-on les lire et/ou les acheter quelque part ? De quoi parlent-ils ?

En effet, j’en ai écrit huit à ce jour et beaucoup de nouvelles. On peut en lire une sur le site des éditions de l’Abat-Jour, « Mieszko ». Sinon, le reste n’est plus en ligne, mais je vais essayer de publier deux œuvres par an. La prochaine sera un recueil de nouvelles, « La Vingt-huitième Nuit », à la deuxième personne, des destins qui chavirent un soir de pleine lune (très à propos avec ton blog) tout en traversant les âges de la vie, de la naissance d’un nouveau-né à la mort d’un vieillard. On y retrouve Vincent et le héros du roman suivant Fabian. « Minute de Décadence » aborde la fin de vie d’un jeune sidéen, victime de lui-même, de sa condition d’homme, de la sexualité masculine contrariée et de l’appréhension de la maladie. Puis, un roman sur la collaboration, ayant des accointances avec « Fondamentalement Détestable », deux sur les mœurs d’une petite ville provinciale se déroulant dans les années 80 et mettant en scène les parents de mes héros. Une autofiction sur une expérience sectaire, entre autres.

Quels sont tes projets futurs ?

J’ai beaucoup de projets en tête. Ils changent de priorité au gré de mes humeurs et envies. En ce moment, je m’intéresse aux Incels (comme sujet d’étude non par adhésion), aux Columbiners et aux disparitions, certainement à cause de la découverte de chaînes YouTube comme Youcrime, Sonya Lwu, Distorsion et Victoria Charlton. Je pourrais écrire à plein temps et être prolifique.

Pour terminer, peux-tu nous parler de tes goûts musicaux ? Il paraît que tu as fait partie d’un groupe de metal…

Alors, j’écoute beaucoup de metal (black, death, indus…), de rap, de variété et d’électro. J’ai mes périodes. En ce moment, je n’écoute que du metal. Ah ah, en effet ! J’ai pratiqué la basse longtemps, mais je m’éclatais plus en tant que chanteur, rôle que j’occupais dans un groupe de black « parodique », LDF (Louis de Funès).

Si tu veux ajouter quelque chose pour clôturer l’interview, libre à toi !

Tout d’abord, je tiens à te remercier pour cette interview, j’y ai pris beaucoup de plaisir ! Tes questions sont recherchées, bravo ! On peut trouver mon roman, « Fondamentalement Détestable » directement sur mon site fabricecausape.fr, notamment si vous souhaitez une version dédicacée ou sur Amazon.

L’auteur ne pouvait pas mieux conclure cette interview que de cette façon :

Si vous appréciez les romans noirs, plonger directement dans la tête d’un tueur, le suivre dans ses crimes, vous remettre en question, alors « Fondamentalement Détestable » vous assura un intense moment de lecture !

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